Critique de Spirito

            Alors qu’elle chante actuellement le rôle-titre d’Anna Bolena à l’Opéra National de Paris, Marina Rebeka sort un récital discographique chez Prima Classic, label qu’elle vient de créer. La soprano lettone avait déjà enregistré deux récitals dédiés respectivement aux deux compositeurs qui ont le plus marqué sa carrière, Mozart et Rossini. Celui-ci est consacré aux grandes héroïnes du belcanto italien : Norma, Anna Bolena, Imogene… Marina Rebeka s’approprie avec courage et brio un répertoire où les fantômes prestigieux, celui de Maria Callas en tête, ont laissé une marque indélébile.

            L’un des premiers atouts de la chanteuse, c’est évidemment un timbre immédiatement reconnaissable, fruité et très lumineux. Mais il serait bien injuste de réduire les atouts de ce disque à une jolie voix. Ancienne élève de l’Accademia Rossiniana de Pesaro, Marina Rebeka est en effet une belcantiste accomplie, maîtrisant parfaitement l’art du legato et possédant l’agilité et l’aplomb requis par les rôles qu’elle aborde dans ce récital. Le récital s’ouvre sur le célébrissime « Casta diva » où la voix de la soprano lettone s’enfle en gracieuses volutes, permettant d’admirer son médium pur et irisé. La caballette « Ah! Bello a me ritorna » la voit faire preuve d’une grande agilité dans les vocalises et de beaucoup d’aisance dans l’aigu. Le récital continue avec Il Pirata où Marina Rebeka dévoile un tempérament dramatique impressionnant et, surtout, des graves poitrinés particulièrement poignants. Elle quitte ensuite Bellini pour s’attaquer à deux des reines de la trilogie Tudor de Donizetti : Marie Stuart et Anne Boleyn. Chez Maria Stuarda, Marina Rebeka fait preuve d’une longueur de souffle impressionnante qui lui permet des aigus filés de toute beauté au-dessus du chœur dans « Deh! Tu di un umile preghiera ». Chez Anna Bolena, on retiendra surtout l’aplomb impressionnant de la cabalette « Coppia iniqua ». De La Vestale, Marina Rebeka ne fait qu’une bouchée. L’air « Ô des infortunés », chanté dans un piano tout de douceur et de retenue, est aussi bien réussi qu’ « Impitoyables dieux » qui clôt avec brio ce très beau récital.

A la tête de l’orchestre de l’Opera Massimo de Palerme, Jader Bignamini accompagne la soprano lettone avec beaucoup d’intelligence et une grande orthodoxie stylistique. Ce très beau récital confirme la grande musicienne qu’est Marina Rebeka et vient nous rappeler que nous avons encore, de nos jours, des voix capables de se plier aux exigences du belcanto.

Spirito Marina Rebeka

Spirito

Marina Rebeka, soprano

Marco Ciaponi, ténor

Francesco Paolo Vultaggio, basse

Irène Savignano, mezzo-soprano

Gianluca Margheri, bayron-basse

Orchestra e coro del Teatro Massimo di Palermo

Direction musicale : Jader Bignamini

1.      « Casta diva… Fine al rito » - Norma, V. Bellini

2.      « Ah! Bello a me ritorna » - Norma, V. Bellini

3.      Scena – Il Pirata, V. Bellini

4.      « Oh! S’io potessi» - Il Pirata, V. Bellini

5.      « Col sorriso d’innocenza… Qual suono ferale » - Il Pirata, V. Bellini

6.      « Oh! Sole! Ti vela di tenebre oscure » - Il Pirata, V. Bellini

7.      « Io vi rivedo alfin! » - Maria Stuarada, G. Donizetti

8.      « Deh! Tu di un umile preghiera… Oh colpo! » - Maria Stuarada, G. Donizetti

9.      « Di un cor che muore… Giunge il Conte » - Maria Stuarada, G. Donizetti

10.  « Ah! Se un giorno da queste ritorte » - Maria Stuarada, G. Donizetti

11.  « Piangete voi? » - Anna Bolena, G. Donizetti

12.  « Al dolce guidami… Che mai sento» - Anna Bolena, G. Donizetti

13.  « Coppia iniqua » - Anna Bolena, G. Donizetti

14.  « Ô des infortunés » - La Vestale, Gaspare Spontini

15.  « Que j’implore avec effroi » - La Vestale, Gaspare Spontini

16.  « Sur cet autel sacré » - La Vestale, Gaspare Spontini

17.  « Impitoyables dieux » - La Vestale, Gaspare Spontini

Prima Classic, 2018