lundi 19 mars 2018

Une réédition indispensable !

Critique de  l'intégrale Erato/Warner Classics de Benvenuto Cellini      

Suite au succès commercial de l’intégrale des Troyens dirigée par John Nelson parue en novembre, la maison de disque Erato a réédité le Benvenuto Cellini gravé par le même chef en 2003. Sortie une première fois en 2004, cette intégrale se distingue par une tête d’affiche prestigieuse (Kunde, Ciofi, Naouri pour ne citer qu’eux) et par la présence de John Nelson, chef berliozien convaincu et passionné, à la tête de l’Orchestre national de France. On ne peut donc que se réjouir du retour dans les bacs de nos disquaires de ce Benvenuto Cellini.

Ce qui frappe d’emblée à l’écoute de ce CD, c’est d’abord la qualité de la diction française chez tous les chanteurs et jusque dans les plus petits rôles (seule Joyce DiDonato, sur ce point, n’est pas absolument irréprochable). Ainsi, le cabaretier d’Eric Huchet brille par son intelligence du mot qui lui permet d’être absolument tordant dans l’énumération des vins du deuxième tableau. Les autres rôles secondaires tels que ceux de Francesco, Bernardino ou Pompeo sont tous très bien tenus. Renaud Delaigue incarne un pape faible qui prétend en vain avoir de l’autorité sur Cellini. Il possède un timbre homogène sur toute la tessiture même s’il semble parfois peiner dans le registre le plus grave du rôle. En Fieramosca, Jean-François Lapointe fait montre d’un timbre de baryton lumineux et de beaucoup d’autodérision. Le trio « Demain soir à mardi gras » doit beaucoup à l’humour avec lequel il distille chacune de ses répliques. Dans le rôle de travesti d’Ascanio, Joyce DiDonato déploie son mezzo chaleureux et rayonnant. Pourrait-on imaginer meilleur élève de Cellini que ce jeune garçon au timbre charmeur, moelleux et lumineux ? Ses aigus triomphants et sa ligne de chant particulièrement élégante font de l’air « Cette somme t’es due » une des plus belles pages du disque. Au deuxième acte, elle assume crânement « Tra la la la… Mais qu’ai-je donc ? », imitant le pape avec des graves poitrinés et profonds. Laurent Naouri ne fait qu’une bouchée du rôle de Balducci. Avec une très grande intelligence du texte, il transforme le trésorier fier et colérique en personnage ridicule. Jouant d’un timbre chaud, profond, immédiatement séduisant, il chante un truculent « Ne regardez jamais la lune » et fait merveille dans les ensembles. Patrizia Ciofi est une Teresa à la voix frêle mais au timbre exquisément fruité. « Ah ! que l’amour une fois dans le cœur » lui permet de faire valoir son art de la cantilène et ses aigus cristallins. Au rôle-titre, Gregory Kunde offre la beauté de son timbre doux et corsé, des aigus de tête suaves (notamment dans « Ah ! le ciel, cher époux ») et une diction parfaite. On pourrait à la rigueur réclamer un peu de folie supérieure dans la scène de la taverne ou dans celle de la fonte de la statue mais l’artiste est si touchant dans les pages plus élégiaques…

En somme, cette réédition nous a comblé, dautant plus que les intégrales de Benvenuto Cellini ne sont pas monnaie courante. A se procurer absolument !

Benvenuto Cellini, Erato, 2018

Benvenuto Cellini, opéra en deux actes et quatre tableaux d’Hector Berlioz sur un livret d’Auguste Barbier et de Léon de Wailly, 1838

Benvenuto Cellini : Gregory Kunde

Teresa : Patrizia Ciofi

Giacomo Balducci : Laurent Naouri

Ascanio : Joyce DiDonato

Fieramosca : Jean-François Lapointe

Le pape Clément VII : Renaud Delaigue

Francesco : Eric Salha

Bernardino : Marc Mauillon

Le cabaretier : Eric huchet

Pompeo : Ronan Nédélec

 

Direction musicale : John Nelson

Orchetre national de France et Chœur de Radio France

Une intégrale Erato/Warner Classics enregistrée du 8 au 13 décembre 2003 dans la Salle Olivier Messiaen de la Maison de Radio France


lundi 5 mars 2018

Entrée discographique foudroyante !

Critique d'ANITA

Depuis ses débuts retentissants à la Scala dans le rôle-titre de Carmen face à Jonas Kaufmann en 2009, Anita Rachvelishvili s'est imposée comme une mezzo-soprano incontournable dans le monde lyrique. A cette ascension fulgurante, il ne manquait plus qu'un contrat chez une grande maison de disques. C'est chose faite puisque la mezzo géorgienne fait ses débuts chez Sony Classical avec un récital d'airs d'opéra.

Ce qui frappe de premier abord dans ce CD, c'est, comme toujours quand on entend Anita Rachevlishvili, l'opulence de ce timbre chaud et voluptueux ainsi que la beauté d'un médium mordoré et profond. La plupart des airs choisis par la chanteuse sont des tubes du repértoire de mezzo. "Voi lo sapete o mamma" extrait de Cavalleria Rusticanna montre une Santuzza juvénile, sensible, très prometteuse pour ses débuts à l'Opéra de Rome en avril. Le répertoire verdien est très présent sur le disque avec les deux airs d'Eboli et celui d'Azucena. "O don fatale" permet à Anita Rachevlishvili de laisser libre court à un dramatisme impressionnant. Cependant, l'aigu final n'est pas aussi triomphant qu'on l'aurait attendu. Au contraire, "Condotta ell'era in cepi" nous a pleinement convaincu. A mille lieux des Azucena matronnes et hystériques, Anita Rachevlishvili dessine un personnage tout en nuances. Les premières phrases, piano et colorées d'un feu sombre, sont tout aussi époustouflantes que les dernières exclamations "Il figlio mio avea bruciato", laissant enfin s'épanouir toute l'ampleur de sa voix. 

Dans les extraits d'opéra français, Anita Rachevlishvili est souveraine même si la diction (tout comme la diction italienne, d'ailleurs) pourrait être plus précise. Charlotte frémissante et introvertie, elle est une Dalila susurrant "Printemps qui commence" et distillant "Mon coeur s'ouvre à ta voix" comme du poison. Quel art de la nuance ! Mais c'est dans Carmen qu'Anita Rachvelishvili s'avère la plus belle. Graves sombres, inflexions vénéneuses et séductrices, cette Carmen est absolument irrésistible.

A la tête de l'orchestre de la RAI, Giacomo Sagripanti confère à chaque page un climat dramatique et des couleurs propres, offrant un parfait écrin au talent de la soliste. Le choeur, malheureusement, a une diction française très approximative dans la "Habanera" et on aurait souhaité un ténor aux côtés de la chanteuse dans Il Trovatore et Samson et Dalila.

Après ce premier récital vocalement magique mais au programme assez convenu, nous espérons qu'Anita Rachvelishvili nous offrira des disques de la même qualité musicale mais plus audacieux dans le choix des titres.

Anita Rachvelishvili Sony Classical 2018

 

ANITA

Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano

Orchestra sinfonica nazionale della RAI

Direction musicale : Giacomo Sagripanti

 

1.      « Près des remparts de Séville» - Carmen - Georges Bizet

2.      « Printemps qui commence » - Samson et Dalila - Camille Saint-Saëns

3.      «  Condotta ell'era in cepi »Il Trovatore - Giuseppe Verdi

4.      « Nei giardin del bello » - Il Trovatore - Giuseppe Verdi

5.      « Werther... Je vous écris de ma petite chambre » - Werther - Jules Massenet

6.      « Misi sakheli Tinatin » - The Legend of Shota Rustaveli - Dimitri Arakishvili

7.      « Mon coeur s'ouvre à ta voix » - Samson et Dalila - Camille Saint-Saëns

8.      « Lyubasha's song » - The Tsar's Bride - Nikolai Rimsky-Korsakov

9.      « L'amour est un oiseau rebelle» - Carmen - Georges Bizet

10.    « Voi lo sapete o mamma » - Cavalleria Rusticana - Pietro Mascagni

11.   « Où suis-je ?... Ô ma lyre immortelle » - Sapho - Charles Gounod

12.   « Ah più non vedrò... O don fatale  » - Don Carlo - Giuseppe Verdi

CD Sony Classical 2018