Critique d'ANITA

Depuis ses débuts retentissants à la Scala dans le rôle-titre de Carmen face à Jonas Kaufmann en 2009, Anita Rachvelishvili s'est imposée comme une mezzo-soprano incontournable dans le monde lyrique. A cette ascension fulgurante, il ne manquait plus qu'un contrat chez une grande maison de disques. C'est chose faite puisque la mezzo géorgienne fait ses débuts chez Sony Classical avec un récital d'airs d'opéra.

Ce qui frappe de premier abord dans ce CD, c'est, comme toujours quand on entend Anita Rachevlishvili, l'opulence de ce timbre chaud et voluptueux ainsi que la beauté d'un médium mordoré et profond. La plupart des airs choisis par la chanteuse sont des tubes du repértoire de mezzo. "Voi lo sapete o mamma" extrait de Cavalleria Rusticanna montre une Santuzza juvénile, sensible, très prometteuse pour ses débuts à l'Opéra de Rome en avril. Le répertoire verdien est très présent sur le disque avec les deux airs d'Eboli et celui d'Azucena. "O don fatale" permet à Anita Rachevlishvili de laisser libre court à un dramatisme impressionnant. Cependant, l'aigu final n'est pas aussi triomphant qu'on l'aurait attendu. Au contraire, "Condotta ell'era in cepi" nous a pleinement convaincu. A mille lieux des Azucena matronnes et hystériques, Anita Rachevlishvili dessine un personnage tout en nuances. Les premières phrases, piano et colorées d'un feu sombre, sont tout aussi époustouflantes que les dernières exclamations "Il figlio mio avea bruciato", laissant enfin s'épanouir toute l'ampleur de sa voix. 

Dans les extraits d'opéra français, Anita Rachevlishvili est souveraine même si la diction (tout comme la diction italienne, d'ailleurs) pourrait être plus précise. Charlotte frémissante et introvertie, elle est une Dalila susurrant "Printemps qui commence" et distillant "Mon coeur s'ouvre à ta voix" comme du poison. Quel art de la nuance ! Mais c'est dans Carmen qu'Anita Rachvelishvili s'avère la plus belle. Graves sombres, inflexions vénéneuses et séductrices, cette Carmen est absolument irrésistible.

A la tête de l'orchestre de la RAI, Giacomo Sagripanti confère à chaque page un climat dramatique et des couleurs propres, offrant un parfait écrin au talent de la soliste. Le choeur, malheureusement, a une diction française très approximative dans la "Habanera" et on aurait souhaité un ténor aux côtés de la chanteuse dans Il Trovatore et Samson et Dalila.

Après ce premier récital vocalement magique mais au programme assez convenu, nous espérons qu'Anita Rachvelishvili nous offrira des disques de la même qualité musicale mais plus audacieux dans le choix des titres.

Anita Rachvelishvili Sony Classical 2018

 

ANITA

Anita Rachvelishvili, soprano

Orchestra sinfonica nazionale della RAI

Direction musicale : Giacomo Sagripanti

 

1.      « Près des remparts de Séville» - Carmen - Georges Bizet

2.      « Printemps qui commence » - Samson et Dalila - Camille Saint-Saëns

3.      «  Condotta ell'era in cepi »Il Trovatore - Giuseppe Verdi

4.      « Nei giardin del bello » - Il Trovatore - Giuseppe Verdi

5.      « Werther... Je vous écris de ma petite chambre » - Werther - Jules Massenet

6.      « Misi sakheli Tinatin » - The Legend of Shota Rustaveli - Dimitri Arakishvili

7.      « Mon coeur s'ouvre à ta voix » - Samson et Dalila - Camille Saint-Saëns

8.      « Lyubasha's song » - The Tsar's Bride - Nikolai Rimsky-Korsakov

9.      « L'amour est un oiseau rebelle» - Carmen - Georges Bizet

10.    « Voi lo sapete o mamma » - Cavalleria Rusticana - Pietro Mascagni

11.   « Où suis-je ?... Ô ma lyre immortelle » - Sapho - Charles Gounod

12.   « Ah più non vedrò... O don fatale  » - Don Carlo - Giuseppe Verdi

CD Sony Classical 2018