La production de L'Elisir d'amore de Bartlett Sher créée pour Anna Netrebko en 2012 fait les beaux jours du Metropolitan Opera où elle a été reprise plusieurs fois, notamment avec Vittorio Grigolo, Ramon Vargas, Nicola Alaimo, Erwin Schrott, Aleksandra Kurzak. Cette année, c'est la jeune sud-africaine Pretty Yende qui endosse la jupe rouge et le haut-de-forme d'Adina, entourée de Matthew Polenzani et d'Ildbrando d'Arcangelo.

Bartlett Sher est un metteur en scène très apprécié du public du Met pour lequel il a réalisé un Comte Ory très coloré, un Barbiere di Siviglia inusable et des Contes d'Hoffmann déjantés. Sa production de L'Elisir d'amore rassemble les mêmes atouts : une vision de l'oeuvre proche du livret, de beaux costumes, de nombreux gags et une direction d'acteurs au cordeau. Sur le plateau, les solistes dansent, les choristes se trémoussent en musique. Dans la salle, on ne s'ennuie pas. Mais le metteur en scène sait aussi laisser place à l'émotion et au dépouillement quand il le faut. Ainsi, les chanteurs sont-ils apaisés dans "Una furtiva lagrima" et "Prendi, per me sei libero", moments pleins de sentiment et de simplicité.

Le plaisir est aussi en rendez-vous au niveau de la distribution. D'après les critiques qui l'ont vue en salle, la Giannetta d'Ashley Emerson n'était pas très audible. Les micros de la transmission au cinéma viennent corriger ce défaut et permettent d'apprécier une jolie voix de soprano un peu acidulée. Davide Luciano, jeune baryton italien, fait ses débuts au Metropolitan Opera dans le rôle de Belcore et délivre une prestation impeccable. La voix est jeune et brillante, la vocalise sûre et audacieuse, la présence scénique idéale. L'autre Italien de la distribution, c'est Ildebrando d'Arcangelo dont on ne présente plus le Dulcamara. Eclatant de santé vocale, jouant d'un timbre cuivré et d'une maîtrise du chant syllabique assez incroyable, la basse est de plus un comédien consommé. Véritable cabotin, il emporte l'adhésion d'une salle rendue hilare par ses grimaces, ses gesticulations et ses pas de danse.

D'Arcangelo Yende L'Elisir d'amore, Met, 2018

Pretty Yende joue les bourreaux des coeurs avec malice. Son Adina respire le bonheur et la coquetterie. D'une voix ronde et chaude, la soprano sud-américaine montante dessine une ligne de chant très pure. Ses suraigus sont précis et colorés, ses vocalises inventives mais très respectueuses du style. Enfin, Matthew Polenzani reprend avec bonheur l'un de ses rôles fétiches. Le timbre est, certes, un peu nasal, mais le chant si élégant qu'on oublie rapidement ce petit désavantage. L'aigu de ce Nemorino est généreux, sa ligne impertubable. Son interprétation du celébrissime "Una furtiva lagrima" lui vaut une ovation bien méritée. En effet, quelle conduite du souffle, quelle émotion dans chaque mot ! Quant au personnage, il est émouvant mais très drôle.

Luciano Yende L'Elisir d'amore, Met, 2018

Le chef vénézuélien Domingo Hindoyan fait ses débuts à la tête de l'Orchestre du Metropolitan Opera. C'est d'une baguette enlevée mais sans précipitation que le jeune chef dirige cet Elisir d'Amore. Sans jamais verser dans la vulgarité, il insuffle une vitalité et une agitation indispensable à la soirée.

On sort de cette joyeuse représentation le sourire aux lèvres et le coeur plus léger. Sans doute les effets de l'élixir !

Polenzani, L'Elisir d'amore, Met, 2018

L'Elisir d'amore, melodramma giocoso en deux actes de Gaetano Donizetti sur un livret de Felice Romani, 1832

Adina : Pretty Yende

Nemorino : Matthew Polenzani

Il Dottore Dulcamara : Ildebrando d'Arcangelo

Belcore : Davide Luciano

Giannetta : Ashley Emerson

 

Direction musicale : Domingo Hindoyan

Mise en scène : Bartlett Sher

Orchestre et chœurs du Metropolitan Opera

En direct du Metropolitan Opera, le 10 février 2018