dimanche 28 janvier 2018

Mai Sonya alla scena più tragica fu !

C'est avec une distribution totalement différente de celle annoncée intialement que cette Tosca a été diffusée au cinéma, clôturant ainsi la première vague de représentations (une seconde aura lieu en avril avec Anna Netrebko dans le rôle-titre). Vittorio Grigolo chantait Cavaradossi à la place de Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva Tosca à celle de Kristine Opolais et Željko Lučić Scarpia à celle de Bryn Terfel. Quant au chef français Emmanuel Villaume, il remplaçait James Levine, évincé de la production car récemment accusé d'abus sexuels. Seul "rescapé" de la brochure de saison, Sir David McVicar propose une vision de l'oeuvre très fidèle au livret, plus susceptible de plaire aux goûts du public new-yorkais que la décriée production de Luc Bondy. Les décors sont très imposants, reproductions très appliquées des lieux romains réels de l'action. La salle semble apprécier cette vision conservatrice, allant même jusqu'à applaudir le salon de Scarpia au Palais Farnèse. Les costumes sont également somptueux, notamment les trois robes portées à merveille par Sonya Yoncheva. La direction d'acteurs reste traditionnelle et certains gestes semblent émaner tout droit d'une mise en scène de Visconti (Tosca posant des flambeaux à côté du cadavre de Scarpia, par exemple).

 

Grigolo Yoncheva, Tosca, Met, 2018

Dans cet écrin, les trois chanteurs principaux peuvent laisser libre cours à un chant passionné. Željko Lučić est un Scarpia qui murmure plus souvent qu'il ne crie mais pourquoi pas ? Le personnage n'en paraît que plus abject. Sa confrontation de l'acte II avec Tosca est particulièrement convaincante, dans le jeu comme dans le chant, tantôt violent, tantôt insinuateur et incisif. On regrettera simplement un certain excès de vérisme pendant son assassinat. Est-il vraiment besoin de faire entendre les râles du chef de la police quand la soprano et l'orchestre expriment déjà toute l'horreur de la situation ?Lucic Yoncheva, Tosca, Met, 2018Nous avouons avoir craint que le rôle de Cavaradossi ne soit trop lourd pour le ténor lyrique qu'est Vittorio Grigolo. Toutes nos craintes ont été rapidement balayées par un "Recondita armonia" solaire, passionné et généreux. L'artiste italien éblouit par son aisance scénique, son "italianità" (si bénéfique au rôle) et ses aigus percutants. On a rarement entendu chanter le redoutable "Vittoria" du II avec autant d'aplomb et de facilité. Enfin, le chanteur émeut dans "E lucevan le stelle", véritable ode à la vie et aux plaisirs des sens. Grigolo Yoncheva Tosca, Met, 2018Sonya Yoncheva, en prise de rôle, chante Tosca comme si elle l'avait chantée toute sa vie. Mieux, il semblerait que le rôle ait été écrit pour elle. La fraîcheur et la plénitude de sa voix de soprano lyrique expriment à merveille la jeunesse du personnage, le moelleux de son timbre sa soif d'amour et de sensualité. Ses aigus rayonnants sont tour à tour les poignards de la jalousie et les cris de douleur, son grave capiteux l'expression d'une terreur indicible. De bout en bout, la soprano bulgare est un personnage de chair et de sang : amante passionnée et à la fois profondément innocente dans son premier duo avec Cavaradossi, femme déchirée et justicière impitoyable face à Scarpia dans l'acte II, héroïne brisée dans le III. Pour couronner le tout, Grigolo et elle forment un très beau couple sur scène. Que pourrait-on demander de plus à une Tosca ?Lucic Yoncheva Tosca, Met, 2018Dans la fosse, l'orchestre du Metropolitan Opera étire un tapis de son sous les voix. Toute la passion et la violence du drame sont là, sous la baguette d'Emmanuel Villaume.

A voir à tout prix !

Tosca, opéra en trois actes de Giacomo Puccini sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, 1900

Floria Tosca : Sonya Yoncheva

Mario Cavaradossi : Vittorio Grigolo

 Il barone Scarpia : Željko Lučić  

Il sagrestano : Patrick Carfizzi

 

Direction musicale : Emmanuel Villaume

Mise en scène : David McVicar

Orchestre et chœurs du Metropolitan Opera

En direct du Metropolitan Opera, le 27 janvier 2018


lundi 1 janvier 2018

Ludovic Tézier et Elina Garanca élus chanteur et chanteuse de l'année

Vous avez voté et voici les résultats de l'élection du chanteur et de la chanteuse de l'année ! Dans la catégorie chanteuse,  Elīna Garanča gagne haut la main avec 58 pourcents des voix. Derrière elle, Joyce DiDonato, Salome Jicia et Nina Stemme ont obtenu 14 pourcents chacune. Dans la catégorie chanteur, c'est Ludovic Tézier qui remporte haut la main le titre de chanteur de l'année avec 71 pourcents des voix, suivi par Juan Diego Florez et Jonas Kaufmann.

Elīna Garanča a été présente pour deux productions sur la scène de l'Opéra de Paris cette année. Elle a été une Carmen incandescente le temps d'une représentation d'exception aux côtés de Roberto Alagna au mois de juillet. Elle est revenue cet automne pour faire ses débuts verdiens en Princesse Eboli dans un Don Carlos à la distribution flamboyante. Alors que tous attendaient la première Elisabeth de Sonya Yoncheva, c'est Elīna Garanča qui avait retenu toute l'attention en délivrant une interprétation captivante. En dehors de nos frontières, la mezzo lettone a été un Octavian remarquable aux côtés de la dernière Maréchale de Renée Fleming au Metropolitan Opera et une Léonore captivante dans La Favorite à Munich. Elle a fini son année en Santuzza de Cavalleria Rusticanna à Londres.

Elina Garanca

Ludovic Tézier a chanté le rare Werther pour baryton aux côtés de la Charlotte de Sophie Koch au Wiener Staatsoper. Il y a aussi endossé le costume de Don Giovanni, rôle mozartien qu'il n'avait pas chanté depuis de nombreuses années, montrant ainsi qu'il n'avait pas perdu la fraîcheur vocale nécessaire. Il est également revenu au rôle de Lord Ashton dans Lucia di Lammermoor au Bayerische Staatsoper aux côtés de Diana Damrau et de Piotr Beczala. Le reste de l'année du baryton a été placée sous le signe de Verdi. Le Wiener Staatsoper l'a ainsi vu en Conte di Luna du Trovatore aux côtés d'Anna Netrebko. Tous deux ont conquis un public viennois en délire. Ludovic Tézier a ensuite fait ses débuts dans le rôle-titre de Simon Boccanegra au Théâtre des Champs Elysées et à l'Opéra de Monte Carlo. Cette nouvelle prise de rôle verdien réussie haut la main et unanimement saluée par la critique laissait présager le meilleur pour Iago, rôle qu'il devait aborder pour la première fois aux côtés de Maria Agresta et de Jonas Kaufmann à Londres. Mais la direction du Royal Opera House l'a très injustement remercié pour un motif futile. Dans le Don Carlos absolument époustouflant donné à l'Opéra de Paris cet automne, Ludovic Tézier s'est révélé un Rodrigue magistral, aussi bien vocalement que scéniquement. Enfin, le baryton français a donné un concert dédié à Dmitri Hvorostovsky à l'Opéra National de Lorraine, entourés de jeunes chanteurs choisis par ses soins.

 

Ludovic Tézier

 

Posté par Dilettanti à 19:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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