C'est avec une distribution totalement différente de celle annoncée intialement que cette Tosca a été diffusée au cinéma, clôturant ainsi la première vague de représentations (une seconde aura lieu en avril avec Anna Netrebko dans le rôle-titre). Vittorio Grigolo chantait Cavaradossi à la place de Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva Tosca à celle de Kristine Opolais et Željko Lučić Scarpia à celle de Bryn Terfel. Quant au chef français Emmanuel Villaume, il remplaçait James Levine, évincé de la production car récemment accusé d'abus sexuels. Seul "rescapé" de la brochure de saison, Sir David McVicar propose une vision de l'oeuvre très fidèle au livret, plus susceptible de plaire aux goûts du public new-yorkais que la décriée production de Luc Bondy. Les décors sont très imposants, reproductions très appliquées des lieux romains réels de l'action. La salle semble apprécier cette vision conservatrice, allant même jusqu'à applaudir le salon de Scarpia au Palais Farnèse. Les costumes sont également somptueux, notamment les trois robes portées à merveille par Sonya Yoncheva. La direction d'acteurs reste traditionnelle et certains gestes semblent émaner tout droit d'une mise en scène de Visconti (Tosca posant des flambeaux à côté du cadavre de Scarpia, par exemple).

 

Grigolo Yoncheva, Tosca, Met, 2018

Dans cet écrin, les trois chanteurs principaux peuvent laisser libre cours à un chant passionné. Željko Lučić est un Scarpia qui murmure plus souvent qu'il ne crie mais pourquoi pas ? Le personnage n'en paraît que plus abject. Sa confrontation de l'acte II avec Tosca est particulièrement convaincante, dans le jeu comme dans le chant, tantôt violent, tantôt insinuateur et incisif. On regrettera simplement un certain excès de vérisme pendant son assassinat. Est-il vraiment besoin de faire entendre les râles du chef de la police quand la soprano et l'orchestre expriment déjà toute l'horreur de la situation ?Lucic Yoncheva, Tosca, Met, 2018Nous avouons avoir craint que le rôle de Cavaradossi ne soit trop lourd pour le ténor lyrique qu'est Vittorio Grigolo. Toutes nos craintes ont été rapidement balayées par un "Recondita armonia" solaire, passionné et généreux. L'artiste italien éblouit par son aisance scénique, son "italianità" (si bénéfique au rôle) et ses aigus percutants. On a rarement entendu chanter le redoutable "Vittoria" du II avec autant d'aplomb et de facilité. Enfin, le chanteur émeut dans "E lucevan le stelle", véritable ode à la vie et aux plaisirs des sens. Grigolo Yoncheva Tosca, Met, 2018Sonya Yoncheva, en prise de rôle, chante Tosca comme si elle l'avait chantée toute sa vie. Mieux, il semblerait que le rôle ait été écrit pour elle. La fraîcheur et la plénitude de sa voix de soprano lyrique expriment à merveille la jeunesse du personnage, le moelleux de son timbre sa soif d'amour et de sensualité. Ses aigus rayonnants sont tour à tour les poignards de la jalousie et les cris de douleur, son grave capiteux l'expression d'une terreur indicible. De bout en bout, la soprano bulgare est un personnage de chair et de sang : amante passionnée et à la fois profondément innocente dans son premier duo avec Cavaradossi, femme déchirée et justicière impitoyable face à Scarpia dans l'acte II, héroïne brisée dans le III. Pour couronner le tout, Grigolo et elle forment un très beau couple sur scène. Que pourrait-on demander de plus à une Tosca ?Lucic Yoncheva Tosca, Met, 2018Dans la fosse, l'orchestre du Metropolitan Opera étire un tapis de son sous les voix. Toute la passion et la violence du drame sont là, sous la baguette d'Emmanuel Villaume.

A voir à tout prix !

Tosca, opéra en trois actes de Giacomo Puccini sur un livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, 1900

Floria Tosca : Sonya Yoncheva

Mario Cavaradossi : Vittorio Grigolo

 Il barone Scarpia : Željko Lučić  

Il sagrestano : Patrick Carfizzi

 

Direction musicale : Emmanuel Villaume

Mise en scène : David McVicar

Orchestre et chœurs du Metropolitan Opera

En direct du Metropolitan Opera, le 27 janvier 2018