Pour ouvrir sa saison 2017-2018, le Metropolitan Opera de New York a choisi un opéra célébrissime, marqué par la patte des plus grandes cantatrices : Giuditta Pasta, créatrice du rôle, Maria Malibran, plus tard Joan Sutherland et Montserrat Caballé. Mais cet opéra, c'est celui le rôle phare de Maria Callas, celui qu'elle a chanté le plus, celui qu'elle a débarassé du poids des mauvaises traditions véristes, celui qu'elle a fait entièrement et irrévocablement sien. C'est Norma, sommet du belcanto, qui a ouvert la saison du Met hier soir, retransmis au cinéma, illuminé par une distribution d'exception.

Calleja Radvanovsky Norma, Met, 2017

La mise en scène, confiée à David McVicar, qui réalise ici sa neuvième production pour le Met, joue la carte de la fidélité au livret. L'action se joue soit dans une forêt où l'on voit apparaître l'autel et un dolmen soit dans la hutte de Norma. Certaines images sont très belles, comme les jeux de lumières sur les arbres, d'autres prêtent parfois à sourire, notamment les soldats gaulois, affublés de peintures guerrières et d'armes d'opérette. On regrettera aussi que les gros plans de la captation pour le cinéma mettent en évidence les fermetures Eclair des robes de Norma et Adalgisa. Mais la difficulté de mettre Norma en scène rend indulgent, d'autant plus que la direction d'acteurs est très appréciable. Radvanovsky Norma, Met, 2017

Le bonheur, comme très souvent au Met, est à chercher sur le plan vocal. Déjà, la Clotilde de Michelle Bradley est une belle surprise à la voix ample et fruitée. Joseph Calleja inquiète un peu dans son air d'entrée où, si l'on peut déjà admirer la vaillance de sa voix directe et solaire, il n'atteint qu'avec peine son contre-ut final. Mais on n'est très rapidement rassuré par le duo avec Adlagisa et le final de l'acte I où, la voix répondant finalement aux exigences de la partition, il peut donner libre cours à un chant facile et lumineux. A l'acte II, le ténor maltais s'avère un partenaire idéal pour la Norma de Sondra Radvanovsky, au chant nuancé dans le final. Dans ce rôle somme toute assez ingrat qu'est Pollione, Joseph Calleja tire son épingle du jeu.Calleja Radvanovsky, Norma, Met, 2017

Joyce DiDonato, en prise de rôle scénique dans le rôle d'Adalgisa, est magistrale de bout en bout. On admire toujours autant la beauté, le moelleux de ce timbre plein de chaleur et de luminosité. Sa technique est irréprochable, depuis des trilles et ornements parfaitement exécutés jusuqu'à une homogénéité y compris dans les notes les plus aiguës, abordées avec la même aisance tranquille que le médium de la tessiture. Dans ses deux duos avec Sondra Radvnavosky, la mezzo américaine est éblouissante de maîtrise et de sensibilité artistique. Le personnage est dessiné avec la même finesse que les enivrantes mélodies de ses interventions. Adalgisa ne se limite pas ici à une victime un peu naïve et perdue. Comme on regrette ici que pas même un air ne soit dédié à ce rôle.

DiDonato Radvanovsky Norma Met, 2017

            Norma trouve en Sondra Radvanvsky une interprète de très grande qualité. Appelée à remplacer Anna Netrenko qui a renoncé au rôle il y a plus d’un an, la soprano canadienne aborde la soirée avec une angoisse apparente et bien compréhensible. Mais si le redoutable « Casta diva » est interprété avec une technique irréprochable et une sincérité touchante, on la sent tout de même bien plus libre dès la caballette « Ah bello a me ritorna », reprise avec beaucoup d’intelligence et de maîtrise. Le rôle de Norma va comme un gant à la cantatrice, rompue à la technique belcantiste comme le démontre son art de la vocalise et ses sons filés. Actrice consommée, Sondra Radvanovsky fait vivre sous nos yeux un personnage particulièrement humain et touchant.DiDonato Radvanovsky, Norma, Met, 2017

            Les chœurs du Met sont égaux à eux-mêmes en ce soir de première tandis que Carlo Rizzi, à la tête de l’orchestre de la maison, soutient le drame avec conviction et énergie.

            La saison 2017-2018 du Met s’ouvre sous des auspices bien favorables !

Norma, opéra en deux actes de Vincenzo Bellini sur un livret de Felice Romani, 1831

Norma, druidessa : Sondra Radvanovsky

Adalgisa, giovane ministra del tempio di Irminsul : Joyce DiDonato

Pollione, proconsole di Roma nelle Gallie : Joseph Calleja

Oroveso, capo dei druidi : Matthew Rose

Clotilde : Michelle Bradley

Flavio : Adam Diegel

 

Direction musicale : Carlo Rizzi

Mise en scène : David McVicar

Orchestre et chœurs du Metropolitan Opera

Retransmis en direct du Metropolitan Opera, le 7 octobre 2017